Interview Bernard Bouheret : une odyssée du Souffle sur Ryoho Shiatsu

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Parmi les grands noms du monde du Shiatsu francophone, Bernard Bouheret n’est pas un inconnu. Qu’on en juge : plus de 40 ans de pratique, auteur de nombreux livres dont le célèbre « Vade Mecum de Shiatsu thérapeutique », président de l’Union Francophone des Professionnels de Shiatsu Thérapeutique, fondateur de l’Association Internationale de Shiatsu Traditionnel, fondateur de l’Ecole de Shiatsu Thérapeutique et toujours enseignant avec fougue et passion l’art et la Voie du Shiatsu à travers le monde, notamment en Inde où il va chaque année. Ce grand monsieur se livre longuement ici sur son parcours à la fois riche et étonnant pour nous raconter avec maints détails l’histoire d’une vie dédié à sa passion : celle du soin et du cœur.


Ivan Bel : Bonjour Bernard. J’aime bien commencer mes interviews par les racines familiales et si ce n’est pas indiscret j’aimerais savoir d’où vous venez ?

Bernard Bouheret : Alors, je viens du sud de la France. J’ai beaucoup vécu à Montpellier, les grands-parents étaient de Nice, Sommières, bref de toute la région là-bas. J’y ai fait toute ma scolarité et j’y suis resté jusqu’à l’âge de mes 28 ans pour aller vivre à Paris. Je suis dans ma soixante-cinquième année, toujours à Paris. Donc on peut dire que maintenant je suis Parisien.

Cela ne veut pas dire que ce sud ne vous a pas marqué. D’ailleurs on peut encore entendre un peu l’accent qui chante.

Oui, le sud m’a marqué, car c’est toute l’enfance et même plus. Ma famille est encore en grande partie là-bas et c’est là aussi que j’ai fait mes études de Shiatsu à l’époque avec Thierry Riesser, fils spirituel de sensei Okuyama.

Carte de membre du Judo Club Montpelliérain, 1964. Bernard Bouheret alors âgé de 12 ans.

Ce club lui a permis d’acquérir les bases techniques pour la suite de ces études en Hakko ryu jujutsu. Archives personnelles (c) Bouheret

Avant qu’on parle de lui, pouvez-vous me raconter comment s’est passée votre rencontre avec le Shiatsu, car je sais que c’est une drôle d’aventure.

En fait je passe le bac avec un tout petit peu d’avance, avant mes 18 ans. Je suis un élève moyen et je ne sais pas trop quoi faire comme études aussi je décide de faire un cursus en sciences économiques. Mais au fil du temps je ne trouvais pas d’issue là-dedans, je n’arrivais pas à me projeter dans la vie avec ça. J’étais dans la même classe que mon frère aîné, car il avait fait deux années de médecine et avait échoué et je me disais que s’il avait raté ce type d’études, ce n’était même pas la peine pour moi d’essayer, que je n’y arriverais pas car il était meilleur élève que moi. C’est fou quand j’y pense, j’étais parti déjà battu d’avance sur ce terrain alors que j’avais ma chance bien sûr.

Après quelque temps, j’ai vécu une rupture amoureuse qui m’avait beaucoup touché et une amie m’a invité à la rejoindre en Afrique pour me changer les idées. J’arrête alors les études et je pars pour trois mois au Cameroun en automne 1976 et je dois l’avouer j’étais un peu perdu dans la vie. Là-bas tout a été exceptionnel… J’ai été à la chasse avec des pygmées, j’ai travaillé comme intendant pour une mission de géologie de l’ONU dans la forêt profonde à la frontière du Gabon, du Congo et du Cameroun, dans des endroits parfois inextricables pendant trois semaines entières, bref une aventure incroyable. Puis vers la fin de mon séjour j’ai été connecté ou contacté, je ne sais pas trop comment dire, par un guérisseur « blanc ».

  Bernard Bouheret au Cameroun à 21 ans, en 1976.

Photo prise tout juste un mois avant la rencontre qui allait changer sa vie. Archives personnelles (c) Bouheret.

Un guérisseur blanc au Cameroun ? Ce n’est pas quelque chose de banal, il faut tomber dessus quand même !

Oui, c’est un type qui était mécanicien de son métier et aussi sculpteur sur forge. Mais le soir et le week-end il était guérisseur. Il était tellement connu que des personnes venaient le consulter de tout le pays et même du monde entier. Il était réputé pour guérir toutes les cochonneries qu’il y a en Afrique, il se targuait d’arrêter la gangrène, d’assécher les kystes et autres joyeusetés. Il vivait sur les hauteurs de Yaoundé et était d’origine bretonne, avec des yeux bleus comme les miens d’ailleurs. Bref, une rencontre improbable !

Cela s’est fait via une amie que j’avais rencontrée sur place et qui devait recevoir un soin chez lui. Elle m’invite à l’accompagner et alors ce fut comme une scène de film. Je rentre dans son antre, un endroit spécial avec des mobiles métalliques suspendus fait à partir de restes de voiture, et ce monsieur dont j’ai oublié le nom, me saute littéralement dessus en m’appelant « petit » et me dit d’attendre la fin du soin pour me parler et qu’il ne faut surtout pas que je parte. Il va soigner mon amie d’un lumbago en 15 minutes, puis il revient et me tombe dessus à nouveau et ne me lâche plus, me disant à quel point le fait de guérir c’est fantastique. Il me tance, il me crie parfois dessus en insistant, en me disant : « il faut que tu me croies, tu verras un jour tu comprendras ». Il est tellement excité qu’il saute en l’air parfois, c’est hallucinant ! Il me dit que sa mère lui a pris les mains sur son lit de mort et qu’elle demandé l’intersession de la Vierge pour lui transmettre le don de guérison. Et son regard me brûle la poitrine ! J’ai plus tard compris que j’avais été irradié !

Je ressors de cette entrevue complètement chamboulé, remué de l’intérieur et assez vite je sens mes mains devenir chaudes. J’étais parti dépressif, paumé, et quand je suis rentré j’étais un autre homme, cette expérience et cette rencontre m’avait transformé. En rentrant en France je dis à tout le monde que je veux soigner. La vocation est née comme ça. J’avais 21 ans.

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